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Construire le musée imaginaire

PAR Philippe Poirrier
vendredi 28 décembre 2012

Construire le musée imaginaire. Le Havre 1952/1961/1965, Paris-Le Havre, Somogy Editions d’Art-Muma, 2011, 246 pages, 25 €

Le Louvre-Lens, comme Beaubourg-Metz, a été présenté comme un acte innovant de décentralisation culturelle. L’allégation n’est pas totalement inexacte, même si les observateurs ont une relation fragile à l’histoire culturelle du siècle dernier. Le beau catalogue, édité par le Musée d’art moderne André Malraux du Havre à l’occasion de son cinquantième anniversaire, vient opportunément nous rappeler un épisode un peu oublié de cette histoire.

Fortement soutenue par l’Etat, porté à partir de 1952 par le conservateur artiste Reynold Arnould (1919-1980), la reconstruction du Musée des Beaux-Arts du Havre, détruit en 1944, s’insère, à l’aube de la Ve République, dans le nouveau dispositif des maisons de la culture. Le musée-maison de la culture du Havre est inauguré le 24 juin 1961 par André Malraux, ministre des Affaires culturelles, qui souligne sa volonté de réduire les inégalités géographiques et sociales d’accès à l’art (1). La flexibilité et la transparence, choix majeurs de l’équipe d’architectes animée par Guy Lagneau (2), permettent à l’institution de développer une active politique culturelle : des collections permanentes présentées par roulement, un rythme soutenu d’expositions temporaires, des cycles de conférences et de projections de films, des ateliers pédagogiques, une salle de conférences-bilbiothèque, un bar-club…

Grand parallélépipède d’acier, d’aluminium et de verre, posé sur un socle technique en béton, le musée s’ouvre largement vers la mer. Une muséographie d’avant-garde, modulable et colorée, qui rivalise avec les musées européens et américains du temps, offre une relation nouvelle aux œuvres d’art. Reynold Arnould souhaitait dépasser le musée sanctuaire traditionnel pour en faire un lieu de création et d’échanges, ouvert sur la ville et le monde, traduction institutionnelle d’une possible démocratisation de la culture : le musée « doit être un foyer d’art, d’éducation et de culture au service de la communauté ». En 1965, le départ de Reynold Arnould pour les galeries nationales du Grand Palais interrompt cette expérience originale : dès 1967, le musée, désormais séparé de la maison de la culture, reprend une formule plus traditionnelle. A la fin des années 1990, les architectes Emmanuelle et Laurent Beaudoin mènent une restauration qui saura respecter l’histoire de l’institution (2).

Ina : L’inauguration du Musée maison de la culture (JT 20H - 25/06/1961) http://www.ina.fr/art-et-culture/ar... Site et architecture du musée maison de la culture du Havre : http://www.beaudouin-architectes.fr... La restauration des années 1990 : http://www.beaudouin-architectes.fr...

Philippe Poirrier