Policultures

TERRITOIRES LIVRE ET INDUSTRIES ARTS VISUELS SPECTACLE UN MOIS EN BREF NOTES DE LECTURE INTERNATIONAL POLITIQUES PUBLIQUES ABONNEMENTS

Culture pop : le futur d’un passé

PAR Philippe Poirrier
lundi 7 juillet 2014

GORIN François, Nos futurs. Un conte post-rétro, Marseille, Le Mot et le Reste, 2014, 136 pages, 16 Euros.

REYNOLDS Simon, Rétromania. Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur, Marseille, Le Mot et le Reste, 2012, [2011], 487 pages, 26 Euros.

En 2012, l’éditeur Le Mot et le Reste proposait une opportune traduction de Rétromania, maître-livre du critique britannique Simon Reynolds. L’auteur, ancien étudiant en histoire de l’Université d’Oxford, offrait un riche panorama des musiques populaires des trente dernières années. A l’heure du numérique, il soulignait combien la culture pop était désormais caractérisée par un recyclage incessant du passé ; un passé que tous et chacun pouvaient retrouver sur la Toile, via You Tube notamment. Le même éditeur vient de publier un essai du critique François Gorin, ancien de Rock & Folk et qui officie aujourd’hui à Télérama, qui met en scène une rencontre (imaginaire), chaque soir pendant une semaine, avec Simon Reynolds. Le procédé littéraire, somme toute astucieux, permet au lecteur une plongée dans la production contemporaine, d’Elvis Costello à Kanye West ; de Beach House aux Kills. Les fidèles du blog de François Gorin, « les disques rayés », auront plaisir à retrouver des analyses qui mettent en perspective la richesse de la culture pop contemporaine, que l’on ne saurait réduire au mainstream matraqué par les médias de masse, et à la « variété », formatée et diffusée en prime time sur les principales chaines de TV. En filigrane, François Gorin, abordant son itinéraire, souligne la singularité du french rock critics dans un paysage culturel hexagonal longtemps réticent aux musiques populaires d’outre-manche et d’outre-atlantique. L’optimisme de François Gorin contraste avec les positions de Simon Reynolds, Anglais vivant à New-York, fortement désabusé par une nostalgie omniprésente, interprétée comme un frein à la création. L’essai de François Gorin nous invite à la fois à (re)lire Rétromania et à ne pas désespérer de l’avenir de la musique. Tel est l’un des paradoxes de la Toile : nous permettre de découvrir plus facilement que jamais quelques perles de l’underground même si les géants de l’industrie culturelle ne cessent d’utiliser la même Toile au service du mainstream. C’est dire si l’enjeu est d’importance pour les politiques publiques : dépasser les seules logiques répressives et inventer des dispositifs qui permettent, et pas seulement pour les musiques savantes, de soutenir la création et de favoriser l’appropriation de la culture par le plus grand nombre, sans oublier des logiques patrimoniales de plus en plus présentes, et qui ne sauraient être laissées aux seuls acteurs du marché. Voici deux livres stimulants à emporter en vacances, en écoutant, d’une autre oreille, Daft Punk, Lana Del Rey ou l’édition (double CD, vinyle ou coffret super deluxe chez Warner) de Led Zeppelin.

Le blog de François Gorin : « les disques rayés » (Télérama) HYPERLINK "http://www.telerama.fr/tag/disques-..." http://www.telerama.fr/tag/disques-...

François Gorin, entretien avec François Ribac (Volume !, 2003) HYPERLINK "http://volume.revues.org/2338"http://volume.revues.org/2338

Le Blog Retromania de Simon Reynolds http://retromaniabysimonreynolds.bl...

Philippe Poirrier