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CULTURE : LE GRAND RETOURNEMENT

PAR Philippe Poirrier
mercredi 10 mai 2017

Michel Simonot, La langue retournée de la culture, Excès, 2017, 106 pages, 10 Euros.

En une trentaine d’années, le langage mobilisé pour qualifier les mondes de la culture a été radicalement modifié : des mots changent de sens ; certains disparaissent ; d’autres émergent et s’imposent, traduisant l’imposition de nouvelles normes ; une nouvelle doxa comme dirait Pierre Bourdieu. Sociologue de la culture et homme de théâtre, Michel Simonot nous invite, sous la forme d’un dictionnaire critique, à arpenter ce retournement langagier qui exprime, le plus souvent, l’imposition du néo-libéralisme et sape les bases intellectuelles du service public de la culture. L’ouvrage emporte l’adhésion même si on peut estimer que le couple déconcentration/décentralisation est trop sévèrement jugé. De même, une trop grande nostalgie envers les années 1960-1970 masque la faiblesse d’un ministère de la Culture, au-delà du périphérique : les Centres dramatiques nationaux et les Maisons de la Culture ne touchent qu’une minorité de Français. A ce titre, la rupture essentielle est bien constituée par les années 1980 et la politique volontariste de Jack Lang, redoublée par les politiques des collectivités territoriales.

De quand date véritablement le retournement justement pointé par Michel Simonot ? Sans doute dès le milieu des années 1980, avec une nette accélération dans les années 1990. On sait combien la dernière tentative pour refonder le service public de la culture, menée par Catherine Trautmann, a été fortement dénoncée, voire sabotée, par certains acteurs des mondes de la culture ; et pas seulement par les partisans du néo-libéralisme. Michel Simonot a raison de souligner combien le travail artistique est passé au second plan. Ce volume, dans un format agréable et une édition de qualité, permet de (re)poser bien des questions qui sont au cœur des politiques publiques de la culture. Une lecture salutaire en ces temps d’atonie culturelle et d’incertitudes politiques.

Philippe Poirrier