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DE VINCI A DUCHAMP ET VICE VERSA

PAR Philippe Pujas
lundi 27 novembre 2017

A partir de Marcel Duchamp, le monde de l’art a changé. En décrétant qu’un urinoir ou un porte-bouteille pouvait être une œuvre d’art si on le décidait, le facétieux néo-new-yorkais ouvrait des perspectives considérables. La vente, à un prix record, d’un tableau médiocre que des experts bien choisis attribuent à Léonard de Vinci vient d’en apporter une nouvelle et spectaculaire démonstration.

L’œuvre est-elle réellement de Léonard de Vinci ? à la voir, même de loin, on peine à le croire. Du reste, quelques experts non négligeables ont exprimé des doutes, d’autres disent que si le maître y a apporté sa main, le tableau est tellement retouché qu’il en a perdu beaucoup d’intérêt. Toutes ces réticences n’ont aucune importance. Il a suffi que la machine à emballer se mette en route : affirmation bruyante de l’authenticité, tournée mondiale de la vedette sur le thème « le dernier Vinci en mains privées », vente spectaculaire et prix record… On a appris ensuite que les acquéreurs étaient un groupement de fonds de placement et de musées, et que les 450 millions de dollars qu’ils ont payé pour devenir propriétaires de l’œuvre étaient en fait un bon placement : en proclamant que le tableau était de Vinci, en lui donnant une publicité mondiale, les heureux possesseurs pourront organiser des tournées – pardon, des expositions – sur tous les continents, et les foules éblouies non par la beauté de l’œuvre mais par la conjonction d’un nom considérable et d’un prix record se presseront. Sacré Marcel !

Philippe Pujas

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