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TRENTE ANS DE PAYSAGES FRANÇAIS

mardi 28 novembre 2017

Paysages : une exposition à la BNF invite à questionner trente ans de regard photographique sur le paysage en France.

Au début de cette période, il y a la Mission photographique de la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale). La DATAR, création gaulliste alors encore bien vivante, a pour fonction de veiller à une répartition équilibrée des activités économiques sur le territoire national. Le paysage est le moindre de ses soucis. Elle est dirigée par le très actif et très ouvert Bernard Attali. Elle compte dans ses rangs Bernard Latarjet, à la sensibilité culturelle forte, qui du reste poursuivra sa carrière dans la culture, notamment à l’Elysée aux côtés de François Mitterrand. Bernard Latarjet a l’idée, en association avec le photographe François Hers, de passer commande à des photographes, célèbres ou non, pour dresser un état du paysage français, villes, campagnes, lieux de vie et de travail dans leurs transformations. La commande était complexe : la DATAR avait ses exigences, et le travail qu’on leur demandait, assez contraignant, a été pour la plupart des photogarphes un véritable défi.

L’idée ne fera pas l’unanimité. Des voix s’élèvent pour dénoncer l’irruption de la DATAR, agence de développement économique, sur un terrain qui n’est pas le sien. Ironie du sort : trente ans après, alors que la DATAR a disparu, remplacée par un fantomatique Commissariat général à l’égalité des territoires, la mission photographique résonne encore comme l’un des échos les plus sonores de son action.

L’exposition de la BNF s’ouvre sur ce moment fondateur, avec des photographies, mais aussi des films consacrés sur le moment à quelques-uns des photographes de la mission. On y voit par exemple Robert Doisneau s’expliquer sur le défi que fut pour lui de passer, pour la première fois, à 70 ans, du noir et blanc à la couleur.

L’intuition de Bernard Latarjet et de François Hers était que la photo pourrait traduire les changements opérés en France après les Trente Glorieuses. L’appel à de grands photographes avait pour implicite que leur regard sensible et leur sens esthétique seraient le meilleur révélateur de la France du moment, avec ce que la croissance avait mis en valeur ou abimé dans les paysages. Avec l’espoir que ce moment fixé pour l’Histoire serait suivi d’autres rendez-vous plus tard, et que la société française se révèlerait génération après génération.

Mais plus tard, il ne s’est rien passé de tel. Rien d’aussi systématique, de l’ordre d’une commande d’Etat avec des objectifs si bien identifiés par un regard esthétique sur le territoire français. La suite de l’exposition montre un kaléidoscope composé de commandes publiques (du ministère en charge de l’environnement, de régions, de départements, de regroupements divers, du Conservatoire du littoral) et d’initiatives individuelles ou collectives de photographes. Par une commande aux contours précis, la mission de la Datar avait provoqué, chez des artistes aux personnalités très différentes, une sorte d’unité de ton. Rien de tel, évidemment, avec les épisodes suivants, où les photos partent dans toutes les directions. Les regards sur les paysages ont des intentions et des résultats variés et disparates. Souvent, le goût du paysage s’y perd au profit de l’anecdotique, le paysage en est absent, l’intention est ailleurs. Les photographes n’étaient plus, non plus, dans ce moment privilégié que soulignaient Bernard Latarjet et François Hers, où la photographie elle-même semblait prisonnière d’un choix insatisfaisant entre formalisme et reportage. La mission ouvrait une autre porte. Le travail de la mission reste parce qu’il est un grand moment artistique.

On peut faire un deuxième constat. Cette succession de photos dresse un état accablant de l’évolution du paysage français. Dans la France des années 80, le paysage, dans les transformations de l’économie et de la société, était en danger d’enlaidissement. Ce que montrent les photos suivantes, dans la diversité de leurs approches, c’est que, hélas, cet enlaidissement n’a pas été évité.

Paysages français. Une aventure photographique 1984 – 2017

Jusqu’au 4 février

Diverses manifestations et animations sont organisées pour accompagner l’exposition. Dont un colloque, « La France de face et de profil », qui « se propose de revenir sur les enjeux portés par les projets des missions photographiques et plus largement sur la construction d’une représentation du paysage national français entre le XIXe et le XXe siècle ». 7 janvier 2018, BnF François-Mitterrand, Paris 13e
18 janvier 2018, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine (93) 19 janvier 2018, Université François-Rabelais, Tours (37) Programme complet sur bnf.fr

BnF

Illustr. :

en-tête :Robert Doisneau
Mission photographique de la DATAR
Série « Banlieue d’aujourd’hui, dans les banlieues et villes nouvelles de la région parisienne »
Tours Mercuriales, Porte de Bagnolet,
Bagnolet (Seine-Saint-Denis), 1984
© Robert Doisneau / GAMMA-RAPHO

ci-dessous :

Pierre de Fenoÿl
 Mission photographique de la DATAR Série « Campagnes du Sud-Ouest » 10/07/87, 14 h, Tarn, 1987
© Pierre de Fenoÿl
BnF, Estampes et photographie

Thibaut Cuisset
 Série « Une campagne française »
Sans titre (La Margeride, Lozère), 2010
© Thibaut Cuisset / Observatoire photographique national du paysage
Galerie Les Filles du calvaire, Paris

Marion Gambin France (s) territoire liquide Série « Entre deux lieux » Aire d’autoroute, France, 2013 © Marion Gambin, Bourse de la Fondation de France, Highway Television, Sanef Courtesy label Expositions - Delphine Charon, Paris

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