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CINEMA ET IMAGINAIRE EUROPEEN

PAR Philippe Pujas
mardi 8 mai 2018

La moitié des entrées dans les salles de cinéma françaises sont réalisées par des films américains, qui y bénéficient d’une diffusion privilégiée : en première semaine, indique le CNC, un film français a été distribué l’an dernier dans 136 établissements, un film américain dans 294. Les films européens autres que français ne totalisent que 10% des entrées. Et encore la France fait-elle, sur le continent, figure de privilégiée pour avoir su préserver son cinéma et son réseau de salles.

L’Europe s’est laissé confisquer son imaginaire par les Etats-Unis d’Amérique. Elle l’a fait dans le même temps où elle prétendait se construire. Les résultats sont là : les pays européens ont leurs références culturelles outre-Atlantique, et s’ignorent entre eux. Loin de se faire, l’Europe s’est défaite.

Le cinéma, la télévision, les nouveaux médias : tout a concouru à cette conquête délibérée. En France, alors qu’un rempart législatif et réglementaire limitait les dégâts pour la production et la diffusion de films en salle, les vannes se sont grand ouvertes avec les chaînes de télé privées, et le lit était préparé pour les étapes suivantes : la vidéo à la demande, les offres des opérateurs internet sont massivement américaines. Les institutions européennes réagissent à leur manière, c’est-à-dire mollement, avec retard, et avec le souci de ne pas trop contrarier le marché. Elles viennent cependant de faire un pas intéressant en trouvant, fin avril, un accord sur la nouvelle directive sur les médias audiovisuels, qui prévoit notamment un quota minimum de 30% d’œuvres européennes sur les services à la demande en Europe. Restera à bien s’entendre sur ce qu’est une œuvre européenne, quand on veut nous faire croire que Luc Besson fait des films français…

Philippe Pujas