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DEMISSIONS

PAR Philippe Pujas
mardi 16 juillet 2019

Alors que se déploient le festival d’Avignon, ses spectacles et ses palabres, le directeur du Centre Dramatique national de Nanterre-Amandiers, Philippe Quesne, annonce qu’il renonce. Il démissionnera à la fin de l’année. Une démission qui pose une série de problèmes, notamment sur le rôle et l’attitude de l’Etat dans ce qu’on appelait naguère la décentralisation culturelle, concept qui a beaucoup vieilli avec l’affaiblissement de l’influence du ministère de la culture.

Philippe Quesne avait été nommé à la direction des Amandiers, en 2013, après un bras de fer entre la ministre de la culture, Aurélie Filipetti, et le maire de Nanterre. Aurélie Filipetti, dernière des ministres de la culture à avoir eu une politique, a fini par imposer son choix, ce qui semble normal pour un CDN. Mais la situation n’est plus la même aujourd’hui : l’Etat est devenu muet. Muet ? Pas tout-à-fait vrai, en réalité. On entend, derrière le silence, une petite musique qui est celle de toute la politique culturelle : de moins en moins de place pour l’exigence culturelle, de plus en plus pour le commerce. L’inquiétude autour des rumeurs de nomination de Dominique Boutonnat à la tête du CNC (lire ci-contre) fait entendre cette musique un peu plus fort.

Les politiques culturelles françaises se sont constituées parce qu’on ne pouvait pas tout laisser au marché, parce qu’il fallait produire et diffuser des œuvres ambitieuses souvent non rentables, réguler la concurrence, ouvrir grand les musées, favoriser l’accès de tous à la culture notamment par des sacrifices publics sur les tarifs. Peu à peu, cette ambition s’est effacée. On a demandé aux uns et aux autres de faire du chiffre, d’équilibrer les comptes, de compenser la baisse des subventions par du mécénat lui-même guidé le plus souvent par des objectifs commerciaux. Certains- et on compte parmi eux un ancien ministre de la culture proche d’un grand « mécène » - pensent depuis longtemps qu’il faudrait supprimer le ministère de la culture. Qu’ils se rassurent : c’est comme si c’était fait.

Philippe Pujas