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LANGUES EN DANGER

PAR Philippe Pujas
samedi 10 octobre 2020

Ce 10 octobre est une journée de défense des langues régionales. Une de plus, dira-t-on. Eh oui, hélas. Et celle-ci est particulièrement justifiée. Au cœur du débat : la réforme Blanquer du baccalauréat, qui a pour effet violent de marginaliser leur enseignement. Les résultats sont dramatiquement inquiétants : moins d’élèves, moins d’enseignants, moins de moyens. Une situation qui semble ne pas chagriner spécialement M. Blanquer, qu’on a déjà entendu tenir sur ces langues des propos méprisants.

Le ministre de l’éducation nationale est porté par un courant vigoureux, celui qui fait de ces langues une survivance dangereuse ayant des relents de sécessionnisme. Ce courant vient de loin : la Révolution avait chargé l’abbé Grégoire d’un plan d’éradication des idiomes régionaux. Il est inimaginable, pour les tenants de ce courant, qu’on puisse vivre simultanément la langue nationale et une langue régionale. S’y joignent ceux pour qui l’intérêt pour une langue régionale, sans utilité économique, est absurde.

Derrière tout cela il y a, bien entendu, l’absence d’intérêt pour les langues en général, dont pâtit aussi, au plan international, la langue française. Il y a, dans les orientations du ministère de l’éducation nationale, la même logique à maltraiter les langues régionales et à privilégier systématiquement l’anglais, langue supposée de l’efficacité économique.

C’est aller contre le génie européen, avec ses langues multiples, contre le génie d’un pays, la France, dont on sait qu’elle est diversité, contre la culture. On ne peut que demander au Premier ministre, qui ne dédaigne pas parler catalan, de se pencher sérieusement sur le dossier.

Philippe Pujas