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Culture de masse et société de classes

PAR Philippe Poirrier
mardi 3 mai 2022

COULANGEON Philippe, Culture de masse et société de classes. Le goût de l’altérité, Paris, PUF, 2021, 369 pages, 20 Euros.

Le sociologue Philippe Coulangeon, dont les recherches portent sur la démocratisation de la culture et de l’éducation, livre une solide réflexion sur les évolutions récentes des pratiques culturelles. L’un des grands mérites de l’ouvrage, qui alterne présentation des débats théoriques et analyses de cas empiriques, est de permettre aux lecteurs de prendre connaissance d’une large bibliographie, notamment nord-américaine.

Comment comprendre la relative uniformisation des goûts et des styles de vie ; conséquences de la diffusion de l’éducation et des transformations de l’économie des biens culturels ? C’est désormais l’éclectisme des préférences et des pratiques qui tend à devenir la norme dominante. Philippe Coulangeon montre cependant qu’il serait trop simple de voir dans ce goût pour l’altérité une véritable démocratisation de la culture. En réalité, les clivages culturels de classe n’ont pas disparu, mais fonctionnent différemment : la relative réduction des distances symboliques s’accompagne d’un net séparatisme économique et social. L’impact croissant des industries culturelles, le rôle souvent majeur des pratiques générationnelles brouillent les repères traditionnels et participent à la disparition du clivage culture savante versus cultures populaires. L’ouvrage doit être médité par les acteurs qui font vivre les politiques et institutions culturelles. La marge est étroite pour des politiques culturelles soumises à la fois à des critiques élitistes et populistes ; ou tout simplement reléguées dans les marges du débat politique. Qui peut vraiment croire que la seule inversion de la traditionnelle politique de l’offre au profit d’une politique de la demande ciblée sur un segment générationnel (version Pass Culture) est à même de répondre à l’ambition de démocratiser la culture ? La simple survie de secteurs de la création artistique ne suffit sans doute pas non plus à conforter la légitimité d’une politique publique. Philippe Coulangeon a raison de souligner que les vertus émancipatrices des politiques de la culture et de l’éducation ne prennent sens que si, dans le même temps, on combat les inégalités des conditions.

Philippe Poirrier