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SALUT A TANNER

PAR Philippe Pujas
dimanche 18 septembre 2022

Mort, à deux jours d’écart, de deux cinéastes suisses de la même génération, celle qui a commencé à tourner autour de 1960 : Alain Tanner et Jean-Luc Godard. La mort du second a fait plus de bruit que celle du premier, à qui on doit pourtant deux chefs-d’œuvre, La salamandre et Dans la ville blanche, et dont aucun film ne laisse indifférent. Alain Tanner faisait un cinéma libre, impertinent, nonchalant et chaleureux. Et inventif, aussi. Il disait qu’il avait « traversé ce qui fut probablement la période la plus passionnante du cinéma, avec la remise en question des formes anciennes, la rupture des vieilles structures et l’arrivée de la modernité ». Il fut l’un des artisans de cette modernité, et un de ceux qui ont le mieux exprimé la sensibilité d’une époque.

Journées du patrimoine sur le « patrimoine durable ». On ne comprend pas bien le sens de cette expression à la mode appliquée au patrimoine : y-a-t-il plus durable qu’un vieux monument bien entretenu ? Mais les mots, il est vrai, sont mis à toutes les sauces. Durable durera-t-il dans le sens qu’on lui donne ces jours-ci ?

La langue, on le voit, a une durée aléatoire. Raison pour laquelle, peut-être, elle ne peut être considérée comme patrimoine durable. Dans le cas contraire, verrait-on le Centre des monuments nationaux organiser à la Conciergerie une exposition intitulée « The sleeping chapter » ? Verrait-on de plus en plus de livres français avec des titres en américain, et une émission littéraire de France culture s’appeler « book club » ? Verrait-on un Etat indifférent au fait que la langue française recule à ce point, ou faut-il admettre qu’elle est devenue ringarde dans la « start up nation » ?

Philippe Pujas