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MUNCH EN NOIR ET EN COULEURS

jeudi 22 septembre 2022

Quand on quitte l’exposition que le musée d’Orsay consacre à Edvard Munch, on a envie qu’il fasse grand soleil et on rêve de rencontrer des visages épanouis dans les allées du jardin des Tuileries. C’est que Munch n’est pas de tout repos, et qu’il nous livre une humanité désespérée et désespérante. Or, il a pour le faire les ressources de son incomparable génie, qui nous atteint en plein cœur. Lui-même parlait d’un « pinceau brûlant ». Il a aussi écrit que « tout art doit être produit avec notre cœur sanguinolent ».

C’était autour de 1890, dans ces années qui sont celles qui nous remuent encore le plus.

L’exposition est ambitieuse : elle couvre toutes les longues années d’une production prolifique. Munch est mort à 80 ans (en 1944), a commencé à peindre jeune et a consacré toute sa vie à la peinture. Retraçant cette longue production, la commissaire de l’exposition, Claire Bernardi, a renoncé à la logique chronologique, la plus simple. C’est qu’elle a considéré que cette ligne droite rendait mal compte d’un itinéraire fait de beaucoup d’allers et retours, de beaucoup de reprises de thèmes. Elle parle de « répétition obsessionnelle de certains motifs ».

Reste que les années fortes, celles qui ont imposé le peintre, sont les fulgurantes années 90 du 19è siècle, au cours desquelles il a produit ses œuvres les plus « brûlantes », à commencer par la première version du célébrissime Cri, rappelé dans l’exposition par une lithographie. Ces années-là, Munch trouve sa voie : il peindra, et la forme picturale devra être la sienne propre, mais cette obsession de la forme se marie avec le besoin d’exprimer des sentiments ou des sensations exacerbés. Il a alors la trentaine, et va devenir une tête de proue de l’expressionnisme. De cette époque datent, qu’on trouve dans l’exposition, Désespoir, Puberté, Vampire, Mélancolie, et Soirée sur l’avenue Karl Johan.

Plus tard, la peinture de Munch gagnera en couleurs et, peut-on même avancer si on n’y regarde pas de trop près, en amabilité. Les harmonies de couleurs sont alors d’une sûreté époustouflante, comme on peut le voir dans ces sublimes Jeunes filles sur le pont de 1927. Le chemin était ouvert, pourtant, dès la fin de la décennie glorieuse, avec d’autres jeunes filles, celles de Rouge et blanc (1899-1900). Le peintre s’amusera alors à tourner autour d’un thème, à le décliner sous diverses formes. Rançon du succès autant que « répétition obsessionnelle » ? Il répond alors à des demandes de reproduire ce qui plait. Quitte à décevoir, comme dans cette série commandée pour une chambre d’enfants, refusée par son commanditaire, trop faussement suave en dépit de son langage coloré. Tout au long des années, cependant, demeure ce qui a fait dès l’origine l’un des traits caractéristiques du génie de Munch : la virtuosité unique dont il fait montre dans le traitement des lignes.

Le voyage que propose Orsay accompagne le peintre tout au long de sa vie, en une centaine d’œuvres dont cinquante peintures parmi lesquelles beaucoup sont des découvertes. Il s’appuie pour cela sur les ressources du MUNCHmuseet d’Oslo, dépositaire du legs que le peintre, soucieux de sa postérité, a fait par testament à la ville d’Oslo. Le musée possède 26724 œuvres de Munch, dont près de 1200 peintures, installées dans le nouveau et spectaculaire bâtiment conçu par l’architecte espagnol Juan Herreros.

Munch, un poème d’amour, de vie et de mort

Musée d’Orsay Paris jusqu’au 22 janvier 2023

Parmi les manifestations accompagnant l’exposition :

-  une série d’entretiens « Imaginaire norvégien », dont un, le 3 décembre, avec l’écrivain Karl Ove Knausgaard, auteur d’un livre remarquable sur Munch, « Tant de désir pour si peu d’espace » (Denoël 2022)

-  la lecture de textes issus du Journal de Munch avec le Théâtre de l’Odéon (auditorium du musée)

-  une série de concerts

-  un documentaire de Sandra Paugam, Edvard Munch, un cri dans la nature, diffusé le 5 octobre le 21 octobre à 22h45 (ne rêvons pas !) et disponible jusqu’au 22 janvier 2023 sur France.tv

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