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L’ENSOUPEMENT DU BEAU

PAR Philippe Pujas
mardi 25 octobre 2022

Par deux fois, des militants de la cause climatique se sont attaqués à des œuvres d’art, qu’ils ont aspergées de soupe ou de purée, souhaitant poser par ce geste spectaculaire la vieille question : l’art mérite-t-il plus d’attention que la vie ? Ces militants ont eu la sagesse de ne s’en prendre qu’à des œuvres protégées par des vitres. Mais leur geste est révélateur. Il est frappant de constater que beaucoup de défenseurs du climat, de la biodiversité, de l’environnement au sens large, sont peu sensibles à la beauté – celle des œuvres, celle des paysages, celle des sites – et que l’Etat, de son côté, n’est pas mieux disposé qu’eux. On sait qu’en France des villes dirigées par des Verts se sont fâcheusement illustrées par des actes révélateurs. Dès son élection à Grenoble pour son premier mandat, Eric Piolle s’est attaqué à la culture « élitiste ». Et on a remarqué récemment la décision de la maire de Strasbourg de faire des économies d’énergie en réduisant le nombre de jours d’ouverture des musées municipaux.

C’est avec la même insensibilité que les Verts font la promotion des éoliennes. Entre énergie et paysages, ils choisissent l’énergie, sans considération pour les atteintes à la beauté des lieux. Et pourtant, ces atteintes sont nombreuses, et bien visibles ! Mais il n’est question que de faire plus.

L’Etat prend le même parti de l’énergie quoi qu’il en coûte par ailleurs. C’est ainsi qu’il réduit les possibilités de recours contre des décisions attentatoires à la qualité des sites. On pense bien sûr aux éoliennes. Mais son obsession le pousse vers des voies dangereuses en ville. Le président de Sites et Cités remarquables de France, Martin Malvy, vient d’écrire à la Première ministre, au nom de plusieurs associations de protection des sites, pour lui dire son inquiétude sur un point crucial : la possible suppression de l’accord de l’Architecte des bâtiments de France pour les opérations d’isolation thermique dans les espaces urbains sensibles. Est-il normal, au nom d’impératifs énergétiques, de faire disparaître des colombages sous une couche d’isolant ? Ce serait évidemment catastrophique, mais la porte est sur le point de s’ouvrir qui rendrait possible ces saccages.

On le voit, l’ensoupement ne frappe pas que les chefs-d’œuvre de la peinture, mais que cela se fasse à bas bruit n’en est pas moins grave. Et là, passer un chiffon sur une vitre ne suffira pas à rétablir le bon ordre des choses.