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Carnet de notes

PAR JACQUES BERTIN
lundi 24 octobre 2011

26 mots pour 26 lettres


avertissement : Vingt-six sujets ce mois-ci ! Mon lecteur me trouvera sensationnel… Le procédé indique ma peine à choisir - et ma paresse. C’est un jeu, aussi ; et une façon, enfin, de recycler des notes, j’en conviens. Par ordre alphabétique ? Ca ne sert à rien, mais pourquoi pas ?

boîtes de nuit : Ces lieux, qui ont toujours semblé le comble de la vulgarité à une immense majorité des habitants de la planète, sont généralement décrits par nos médias comme agréables à fréquenter. On y rencontre, paraît-il, les importants, les branchés, les alamodes. Pour moi, cinq minutes dans une boîte de nuit équivalent à une lourde peine prononcée cruellement par un tribunal inique.

crétin : Monique Morelli et Serge Kerval (il dit “ Kervel ”) cités par Ruquier sur Europe 1, le jeudi 23 juin, dans l’après-midi. “ Où est-ce que vous allez les chercher ? ! ” demande-t-il, manifestant qu’il ne les connaît pas du tout. Les connaisseurs, eux, savent qu’ils ont leur place dans l’histoire de la chanson française. Affirmer pesamment son ignorance à l’antenne est une faute majeure pour un animateur. Sans doute fait-il partie de ces gens pour qui Verlayn est un poète du Moyen-âge et Francis Jamze un cureton. Ces animateurs, où est-ce que vous allez les chercher ?

dames patronnesses : Dans ma jeunesse, la dame patronnesse représentait ce qui se faisait de pire dans l’hypocrisie et le ridicule. En a-t-on vu, sur ce thème, des sketches et des dessins humoristiques ! Puis, sa silhouette s’estompa, la modernité l’ayant rendue obsolète.

Elle est réapparue avec le show business triomphant, il y a deux décennies. Chaque star de la chanson, du théâtre, du sport, chaque vedette fripouilleuse des médias veut avoir son association et ainsi entretenir sa virginité à coups de cymbales. Il n’y a que moi qui ne patronne rien. Un parfait salaud. En plus de ça, je ne donne jamais pour le téléthon. Je suis partisan d’un Etat faisant des choix de santé publique et de recherche. Point final.

époque : Bien sûr, la quasi-totalité des journalistes culturels ne font pas leur travail ! Ils ne fonctionnent que par les attachés de com’. “ Je n’ai pas parlé de votre disque (livre) mais pourquoi ne pas me l’avoir envoyé ? ” Jadis, le journaliste spécialisé savait tout ce qui se tramait, jusqu’aux coins les plus secrets, et c’était sa fierté. Mais cette époque est terminée. Il ne lui viendrait pas à l’idée de payer un livre ou un disque ! Vous postez 300 services de presse, sinon : pas une ligne. Vous avez une attachée de com’ très copine avec tout le milieu ou vous êtes mort. - Mais comment voulez-vous que je sache ? argumente-t-il. Ben et les accidents de la circulation ? T’attends le communiqué officiel ou tu te déplaces ? Et pour la révolution, faudra t’envoyer une invit’ ?

Flexigo. Ca en dit long sur l’idée que les “ décideurs ” se font de la niaiserie du peuple. C’est donc un sujet culturel. Ma boîte postale, désormais, c’est Flexigo . C’est con, hein... Boîte postale, ça faisait pas assez ludique. C’est qu’il faut détruire l’image du service public par des astuces (minables) de ce type. J’ai donc désormais une boîte postale tournée vers l’avenir. Je voudrais bien connaître le nom du “ concepteur ”. Mais ça risque pas : généralement, ils ne signent pas leurs méfaits. Flexigos mais pas téméraires…

gagneur : Quand je vois un “ gagneur ”, je m’écarte. C’est bien le moins qu’avant ses triomphes il connaisse un peu de solitude. Et puis, c’est ma façon à moi d’être le gagneur d’autre chose. Il ne peut pas comprendre.

histoire (Salon du livre d’histoire de Blois) : J’y étais l’autre jour et, à ma grande surprise, je n’en ai rapporté aucun livre ! Moi qui, pourtant, ne lis plus que ça, presque, de l’Histoire ; qui n’approche de la vitrine de mon libraire qu’avec la trouille d’y voir une fois de plus le fameux fondamental qui me manque et qui grossira la pile des 40 urgences à la tête de mon lit, moi, dis-je, j’ai vu ces milliers d’ouvrages palpitant sur les tables et je n’en ai pas acheté un seul !

Très intrigué par mon propre comportement… Peut-être était-ce la peur de tomber fou, si je m’approchais du premier étal ?

interview : Combien d’artistes, d’écrivains, de spécialistes ayant été interviewés à la télé ou la radio, m’ont confié comme ils s’étaient alors sentis humiliés ! Ils n’avaient été que des médiateurs de l’intervieweur - pressé, indifférent, superficiel... Le réel doit se plier aux formats du médiatisme, ses rites, ses mots, ses rythmes (d’élocution, entre autres), ses clichés, ses tabous. Et que ça aille vite ! Le média vous fabrique et vous déforme ; vous êtes, sous sa volonté, une caricature de vous-même. Et après, vous vous retrouvez dans la rue, comme un con. Il triomphe et continue.

jamais : Quelqu’un a-t-il jamais lu une enquête journalistique sur le système de programmation musicale des radios ? Lu ou entendu un interview ou une bio d’un de ces princes de l’ombre, les “ programmateurs ”, qui décident de ce qui va nous être infligé sans qu’on ait rien demandé, en raison de nos goûts supposés ? Ou entendu le PDG expliquer les critères d’embauche de ces gens, les règles déontologiques ? Existe-t-il des conflits d’intérêt ? Quelqu’un a-t-il lu ou entendu une explication à ce sujet depuis un demi-siècle ? Personne, n’est-ce pas…

kidnapping : Depuis trente ans, le kidnapping de la culture par les “ Créateurs ”…

Lofoten. “ Un projet d’exploitation pétrolière au large des îles Lofoten divise la Norvège ”, annonce mon journal. Je ne prendrai pas position ! Les îles Lofoten (au nord du cercle polaire arctique) font 1227 km2 et comptent 24 000 habitants. “ Troisième archipel le mieux préservé du monde ”, dit un autre journal. Les amateurs de poésie connaissent Lofoten, à cause d’un poème de Milosz :

“ Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale Au cimetière étrange de Lofoten (...) Je ne verrai très probablement jamais Ni la mer ni les tombes de Lofoten Et pourtant c’est en moi comme si j’aimais Ce lointain coin de terre et toute sa peine (…)

musiques actuelles : Chanteur professionnel depuis 45 ans, chanteur de chanson (la française, la ringarde), 25 disques, 2 Prix du disque etc., je n’ai jamais été censé être concerné par l’appellation “ musique actuelle ”. Gageons que je ne le serai pas davantage par le futur CNM (Centre national de la musique) en gestation qu’on nous dit, union des industriels pour remplacer le Ministère momentanément empêché. Avoir décidé que la chanson, c’est de la musique fut historiquement la première faute - esthétique ; la seconde faute - morale - fut de considérer que c’est une industrie. Bon appétit, messieurs ! Nous continuerons sans vous à ne pas exister. Vieille habitude historique des artistes ! Je vous emmerde.

notation (agences de ) : Ce n’est pas un sujet culturel, mais cette affaire de “ notation ”, le fait qu’un groupe (une officine, aurait dit De Gaulle) “ note ” et qu’on soit supposé se mettre au garde-à-vous, c’est l’exacte négation de la démocratie. Après quoi, il n’y a plus qu’une seule étape logique : l’émeute.

Ossétie du sud, Ovni, odalisque, oblongue, : Non, rien. Faut m’excuser.

pétition : Signer ? Il m’arrive souvent d’être sollicité pour faire nombre, en bas de pétitions, sur les sujets les plus divers. Soucieux de me préserver du ridicule, j’ai pris depuis longtemps une position concernant les prises de position : je ne signe que celles que je me sens capable de défendre seul devant une assemblée hostile. La plupart du temps, bien sûr, ce refus fait qu’on me prend pour un salaud, un rallié, un tourneur de veste, une ordure, c’est normal. Mais je suis intraitable – quoique parfois écartelé. Et je souffre plus que les signataires…

Québec  : Je ne sais plus où j’ai lu naguère, à propos d’un Territoire français d’outre-mer, qu’on parlait de “ l’engagement de l’Etat à étudier le projet de double fléchage en français et en créole des bâtiments publics ”.

J’espère que là-bas, il est mieux justifié qu’en Bretagne par exemple, en pays Gallo où la signalisation est bilingue (breton/français), là même où le breton ne fut jamais parlé – et donc au nom de l’impérialisme des bretonnants… Je voudrais, à propos du créole, seulement rappeler ici comment, dans les années soixante, le problème fut posé au Québec. Le créole québécois, c’était le “ joual ”. Il nous faut assumer notre langue, disaient certains souverainistes. Mais, parce qu’on savait que le joual n’aurait aucune chance face à l’anglais, et qu’il désavantagerait à moyen terme les classes pauvres, on choisit le français littéraire. Ce fut sage.

repli frileux : Le grand danger actuel ! Un rien de repli frileux et hop, les Américains nous tuent l’Economie, notre note baisse encore. A quand une loi contre le repli frileux et la ringardise ?

sécurité (dans les lieux de spectacle) : Combien de fois ai-je entendu cette phrase : “ Rajouter deux rangs de chaises dans le fond ? La mairie l’interdit – à cause de la sécurité… ” Ou encore : “ La sécurité est passée et on doit recommencer les travaux… ” Je me suis souvent dit que si les mêmes critères étaient appliqués aux grands magasins, la France serait un désert commercial… J’ai toujours vu dans la Commission de sécurité visitant les lieux de “ variété ” un bon moyen de faire savoir à peu de frais (les chanteurs, les musiciens, c’est rien...) qu’on s’occupe sérieusement de la question.

Les artistes sont un adversaire plus facile que les industriels ! (Et d’ailleurs, c’est des cinglés qui pensent qu’à mettre le feu aux rideaux…) Or, mes interlocuteurs ne savent jamais citer un cas d’incident justifiant un tel puritanisme. Oui, St-Laurent-du-Pont, en 1970 (mais c’était une boîte de nuit). Je ne vais pas parler des stades, évidemment… Là, on est beaucoup plus coulant ; 3 000 morts dans un stade, c’était inévitable…

télévision : Dans un vieux numéro du Monde, une opinion de Christophe Girard (adjoint à la culture de Paris) sur la télévision. “ La démultiplication du nombre de plans par minute s’inscrit dans une pure logique mercantile, à l’insu du téléspectateur ”. Oui, bien sûr. Découvrir ça aujourd’hui, c’est émouvant. Et y’a que ça qui te choque dans l’oppression télévisuelle, Christophe ? Moi j’en suis à : comment lutter ? Mais lutter vraiment. La société médiatique est une oppression. Notons encore une fois l’inappétence de l’intelligentsia française sur ce sujet. L’intelligentsia attend dans le hall de la télé, faut dire, des fois qu’on pourrait devenir célèbre.

usure  ? ubiquité ? ultimatum ? unité ? : Non, rien.

valable : Il y a un argument valable en faveur du piratage. A mon avis un seul. C’est qu’il permet de sauver des œuvres sonores tombées dans l’oubli. Un de mes amis, chanteur à texte décédé il y a quelques années, a écrit et interprété plusieurs chefs-d’œuvre. Malheureusement, sa production a été vendue à une multinationale, à l’intérieur d’un catalogue dans lequel seules quelques vedettes intéressaient l’acquéreur. Comme les services publics (radios, télévisions, institution culturelles, services d’Etat) ne font pas leur travail au sujet des œuvres enfouies, mon copain n’a aucune chance. La dernière inondation a d’ailleurs eu raison des bandes magnétiques oubliées dans un carton dans l’étagère du bas de la cave de la société Ducon-International.

Heureusement, un petit malin a entrepris, sous un masque de Zorro, de lancer ce qu’il avait de mon copain, sur Internet...

w : Rien…

Xhosas : voir : Zoulous

 : Ici, j’y mettrai la fameuse phrase de Clausewitz (Marcel), toujours actuelle et toujours difficile à y placer : “ La forfanterie, c’est la faiblesse de l’infanterie ! ”

Zoulous : Ils n’eurent pas besoin de la méchanceté de l’Occident pour détruire les Xsozas ! Juste comme les Iroquois avec les Hurons : les (méchants) blancs n’y sont pour rien ! Ils prouvent donc que la civilisation occidentale n’a pas tout inventé. Mais attention, les Zoulous ! Comme disait Marcel Clausewitz : la forfanterie, c’est la faiblesse de l’infanterie ! JB