La chose s’est faite subrepticement, par surprise, à l’Assemblée nationale. Un amendement du gouvernement a plafonné les taxes affectées d’un certain nombre d’organismes, dont le Centre national du livre et le Centre national de la cinématographie.
Sans vrai débat, à la sauvette, c’est ainsi un mécanisme central dans la vie du cinéma en France qui est touché. Un mécanisme de redistribution dont la France, depuis plus de soixante ans, est fière. Désormais, au-delà d’un certain montant, les recettes du CNC seraient purement et simplement reversées dans le budget général de l’État. Ironie du sort : au même moment, ou à peu près, un rapport commandé par le ministre de la culture recommandait la création d’un Centre national de la musique sur le modèle du CNC.
Les protestations ont aussitôt été vives. Les professionnels du cinéma ont dénoncé "un amendement inacceptable". Les élus locaux ont eux aussi exprimé leur inquiétude, par la voix de la FNCC. Et le Président de la République, après avoir reçu les signataires du communiqué du cinéma, a lui-même, semble-t-il, pris ses distances…
Reste que cette affaire doit être regardée avec la plus grande attention. Dans une période difficile, un plafonnement est-il scandaleux, s’il permet un financement à un niveau qui reste convenable ? Pas sûr, mais l’essentiel n’est sans doute pas là. La question centrale est bien celle de mesures prises à la sauvette, sans en bien mesurer les conséquences, sur des mécanismes éprouvés dont l’équilibre est peut-être fragile. La rigueur va-t-elle banaliser ces pratiques ?
Philippe PUJAS