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DEUXIÈME NÉCESSITÉ

PAR Philippe Pujas
mardi 8 novembre 2011

Les biens de première nécessité, a expliqué le Premier ministre, échappent à l’augmentation de la TVA. Ce qui signifie qu’y sont soumis, si on suit son raisonnement, ceux de deuxième, troisième ou xème nécessité. A quel rang se situe le livre, dans cette hiérarchie ? peu importe. Ce qui importe, c’est que le livre, désormais, devient un produit comme un autre, que l’exception culturelle est ouvertement abandonnée.

Il y a dans cette retraite deux aspects. Le plus direct est le dommage subi par la filière, et singulièrement son aval, la librairie, que tout le monde s’accorde à reconnaître fragile, avec ses marges parmi les plus faibles du commerce, la révolution numérique à absorber, la pression foncière persistante sur les centre-villes, les pratiques de certains éditeurs. Toute la filière accuse le coup, et le premier à protester a été le syndicat national de l’édition, qui, reprenant le propos aussi malheureux que révélateur du Premier ministre, revendique le caractère de première nécessité du livre. Ce qui renvoie au deuxième aspect du choix gouvernemental, l’abandon du consensus national qui faisait du livre, depuis que les pouvoirs publics ont l’ambition d’apporter à chacun l’éducation et la culture, un produit totalement à part, le socle de la démocratisation.

On voyait bien, depuis un certain temps, que la culture n’était plus considérée par le pouvoir comme une "ardente obligation", et l’affaiblissement du ministère de la culture en était un signe parmi d’autres. Nous voici parvenus à l’ère affichée et sans complexe de la banalisation. La culture, une marchandise comme les autres…

Philippe PUJAS