Puissance du regard sensible et de ceux qui savent raconter non pas seulement une histoire, mais l’Histoire. L’événement majeur de l’année 2010-2011, c’est sans doute ce qu’on a appelé la révolution de jasmin, qui a débarrassé la Tunisie de son dictateur. On en a vu des images au jour le jour à la télévision, sans toujours prendre la bonne mesure de la dimension et de l’intensité de l’événement.
Cette mesure, c’est dans le travail des artistes qu’il faut aller les chercher. En particulier, pour le cas tunisien, dans le superbe et poignant film de Mourad Ben Cheikh, “Plus jamais peur”. Réalisé au cœur de l’événement, présenté dès le mois de mai à Cannes, le film va faire l’objet en France d’une sortie nationale le 5 octobre. Une vingtaine de salles, quand il en faudrait plus pour que la France comprenne la vraie dimension de cette révolution et la nature du régime qu’elle a renversé. Ce sera cependant le vrai départ chez nous de la vie de ce film qui aura d’autres occasions, de festival en festival, de porter son témoignage.
Ce qu’était la vie en Tunisie sous Ben Ali, on le savait par les témoignages des artistes, écrivains et militants des droits de l’homme, et ces témoignages, qui parvenaient aux oreilles de leurs homologues français, n’arrivaient pas à celles des gouvernants. Que ces derniers aient été alors plus sensibles à ces propos-là, et moins à ceux de leurs amis au pouvoir, et ils auraient été moins surpris.
Philippe PUJAS