Policultures

TERRITOIRES INDUSTRIES ARTS PLASTIQUES SPECTACLE EN BREF NOTES DE LECTURE INTERNATIONAL POLITIQUES PUBLIQUES abonnements

LA VICTOIRE AMBIGUË

PAR Philippe Pujas
jeudi 24 juin 2010

Les présidents de conseils généraux de gauche se sont rendus solennellement, le 23 juin, soutenir leur collègue Claude Bartolone, en conflit avec l’État pour avoir présenté, ce que la loi n’autorise pas, un budget en déséquilibre. L’acte de Claude Bartolone était une provocation ; l’État, plaide-t-il, n’a pas transféré aux départements, avec les dépenses sociales, les recettes correspondantes. Les 58 présidents ont adressé une lettre ouverte au Président de la République, dans laquelle ils dénoncent une situation que la crise rend encore plus grave.

Au-delà de cette passe d’armes, l’incident est révélateur des difficultés dans lesquelles se trouvent les budgets, ceux des collectivités locales comme celui de l’État, et nous renvoie aussi à la victoire ambiguë remportée par ceux qui s’étaient opposés à la spécialisation des compétences prévue par la nouvelle loi sur l’administration territoriale.

On sait (lire par ailleurs) que la mobilisation de très nombreux professionnels de la culture a fait reculer le gouvernement sur un point : la clause de compétence générale est maintenue pour la culture comme pour le sport. Autrement dit, régions et départements comme communes et agglomérations pourront continuer à financer la culture, et le faire ensemble par le biais des financements croisés dont l’importance a été si grande jusqu’à maintenant.

Mais cette victoire est effectivement ambiguë : elle se heurte aujourd’hui à la réalité qu’est la crise des finances publiques. Tant que la culture reste un poste possible mais non obligatoire, elle se heurtera, dans les périodes difficiles, aux contraintes absolues devant lesquelles se trouvent les collectivités territoriales, mais surtout les départements compte tenu de la structure de leurs dépenses obligatoires, grevées par l’action sociale.

Ceci oblige à une réflexion sur la place de la culture dans la société : quel degré de priorité lui donne-t-on, et quelle place assigne-t-on à l’action publique pour accompagner son épanouissement ? est-elle le supplément de confort ou de plaisir que peuvent s’autoriser les riches, individus comme sociétés ? Voilà qui, pour le moins, mérite débat.

Philippe PUJAS