Le temps ne fait rien à l’affaire, chantait Brassens. C’est ce qu’on est tenté de se rappeler au vu de deux événements qui ont ponctué la fin du printemps et le début de l’été parisien : l’exposition Dynasty, co-présentée par le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo, et "Imaginez maintenant", concentrée elle aussi sur la colline de Chaillot où elle mobilisait le théâtre, la Cité de l’architecture, les jardins du Trocadéro et le musée d’art moderne. Deux manifestations centrées sur la création jeune, censée être par définition, ou par obligation d’âge, imaginative et innovatrice.
Ce qui frappe dans l’ensemble, c’est précisément le contraire : une accablante impression de déjà vu, de ressassé, de suivisme. Cette génération n’aurait donc pas d’idées neuves, pas d’imagination, contrairement à l’injonction qui lui est faite ?
Le constat est d’autant plus troublant que l’origine des deux manifestations n’est pas la même. D’un côté, des spécialistes estampillés de l’art contemporain, de ceux qui savent tout et savent en particulier séparer le bon grain de l’ivraie, les créateurs des tâcherons. De l’autre, la rencontre improbable d’un commissaire à la Jeunesse, Martin Hirsch, et du très étrange Conseil de la création culturelle présidé par le Président de la République et placé auprès de lui sous l’autorité du producteur - diffuseur de cinéma Marin Karmitz.
Fort heureusement, il ne s’agit que d’une illusion optique : les trentenaires d’aujourd’hui ne sont pas représentés par ce qu’on nous propose. Ce qu’on nous propose, c’est le choix de caciques d’une génération précédente, le choix d’un système qui vieillit en se sclérosant, qui choisit ce qu’il a toujours défendu, qui ne reconnaît pas les formes neuves, et qui ferait mieux de passer la main à ceux qui sont vraiment capables d’imagination. Peut-être à des artistes plutôt qu’à des professionnels de l’organisation de manifestations publiques ?
Philippe PUJAS