Remplacé le 21 août en Conseil des ministres par la conseillère du Président de la République Catherine Pégard à la tête du Domaine de Versailles, Jean-Jacques Aillagon espérait rester en place. Mais la limité d’âge était une trop belle occasion de libérer la place.
Que restera-t-il du passage à Versailles de l’ancien ministre de la culture ? On lui reconnaît du dynamisme dans sa gestion. Mais le plus notable aura été la très controversée introduction de l’art contemporain dans le château. Il s’est heurté, face à cette initiative, à deux types d’opposition. La première est venue des traditionalistes, et aussi de beaucoup de visiteurs, que dérangeaient tantôt le principe même de ce type d’exposition, tantôt les choix opérés. La deuxième objection est la plus lourde ; elle émane de ceux qui ont dénoncé la confusion des intérêts. Ceux-ci ont été troublés par le fait que le Président du Domaine de Versailles ait pu choisir d’exposer des artistes vedettes de la collection d’un homme dont Jean-Jacques Aillagon venait tout juste d’être l’employé, François Pinault.
Dans une République exemplaire (expression qu’aima un temps, avant son élection, l’actuel Président de la République), ces choses-là ne pourraient pas se produire. Les cloisons entre intérêts publics et privés seraient étanches, et chaque grand responsable public aurait à cœur de ne pas provoquer le soupçon. Ou alors, il se ferait taper sur les doigts par sa tutelle. Ce n’est pas là-dessus que tombe Jean-Jacques Aillagon, puisque le ministre de la culture, dans un communiqué au ton convenu, salue le fait qu’il a "a profondément rénové le regard que le grand public et les visiteurs étrangers portent sur le domaine en associant aux visites des oeuvres d’artistes reconnus". Aux yeux de l’opinion, Jean-Jacques Aillagon aura été sacrifié à la nécessité où se trouvait le Président de la République de trouver une bonne situation pour l’un de ses conseillers. Quitte à provoquer une autre polémique, celle-là sur l’arbitraire de la nomination : choix de l’Élysée sans que le ministère de la culture ait pesé le moins du monde, et choix d’une personnalité peu préparée à ce poste par sa carrière.
Philippe PUJAS