Hervé Lemoine, La Maison de l’Histoire. Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France, Ministère de la Culture et de la Communication-Ministère de la Défense, février 2008, 59 pages. [en ligne sur le site de la Documentation française : bibliothèque des rapports publics]
Laurence de Cock (et al), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Dictionnaire critique, Marseille, Agone, 2008, 202 pages. 15 Euros.
Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, Les guerres de mémoire. La France et son histoire, Paris, La Découverte, 2008, 335 pages. 20 euros.
Le 13 janvier 2009, le Président de la République a annoncé à Nîmes sa décision de créer un musée de l’Histoire de France : " je suis fasciné par l’idée que la France est riche de ses musées d’art, mais qu’il n’y a aucun grand musée d’histoire digne de ce nom ! ". L’idée n’est pas nouvelle, et reprend pour l’essentiel les propositions avancées, dès avril 2008, par le conservateur du patrimoine Hervé Lemoine dans son rapport " Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ".
L’initiative avait laissé sceptique la grande majorité des historiens qui s’étaient interrogés sur l’opportunité d’une nouvelle mise en scène du " roman national " dans une perspective qui tournait le dos à vingt ans de recherches, et qui renvoyait d’une certaine manière à la construction d’une "histoire nationale" où la Monarchie de Juillet, puis la République s’étaient jadis particulièrement illustrées. Le Comité de Vigilance face aux usages publiques de l’histoire (CVUH) avait pointé un projet où " tout en vantant les mérites d’une histoire critique et ceux du débat" rien ne vient questionner le paradigme dominant d’une écriture linéaire et continue de l’histoire ; celle d’une " France " alors que le caractère pluriel de la demande sociale appellerait davantage un musée "des Frances", dans leurs temporalités multiples, dans leurs dimensions sociales et culturelles, dans leur complexité et leur possible désajustement par rapport au continuum événementiel ".
Le CVUH a également publié un petit livre militant, sous la forme d’un dictionnaire critique, qui souligne combien Nicolas Sarkozy n’a cessé d’utiliser et de brandir des références historiques. Une trentaine d’historiens proposent cinquante notices : des personnages (Léon Blum, Jean Jaurès, Jeanne d’Arc…), des lieux et événements (mai 68, l’Affaire Dreyfus…) et des concepts (repentance, choc des civilisations…) dessinent cette révolution conservatrice qui mobilise l’Histoire au service de son projet politique. Cette reconstruction d’un "roman national" décline des références éclectiques avec la volonté explicite de rompre avec les cultures politiques partisanes.
On lira également le remarquable ouvrage collectif "Les guerres de mémoires" qui permet de bien saisir les enjeux politiques, les controverses historiques et les stratégies médiatiques mises en œuvre. Quant la politique culturelle croise la "politique de la mémoire", le risque est grand de l’instrumentalisation de l’Histoire. On ne peut être que frappé par l’écart entre cette volonté de reconstruire une "histoire nationale" et la politique gouvernementale qui fragilise les recherches en sciences humaines et sociales.
Philippe Poirrier
Université de Bourgogne