Gérard Noiriel, Histoire, théâtre et politique, Marseille, Agone, 2009, 190 pages,15 Euros.
Historien reconnu du monde ouvrier et de l’immigration, Gérard Noiriel propose dans cet essai une réflexion sur les relations entre le théâtre et la politique. Il poursuit une réflexion sur les intellectuels engagée en 2005 dans Les fils maudits de la République. L’histoire de cette relation est mise au service d’un futur à construire afin de répondre à la fois à la crise du théâtre contemporain et à la crise du politique. Gérard Noiriel, qui revisite notamment le théâtre populaire et le "moment Brecht", plaide pour un théâtre politique dont la fonction n’est pas de parler à la place des citoyens, mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au pouvoir d’Etat. Un essai stimulant qui ne manquera pas d’être discuté.
Gérard Noiriel vient d’ailleurs de passer à l’acte en participant étroitement à la création du spectacle "Chocolat". Ce spectacle, produit par Les Petits Ruisseaux et mis en scène par Jean-Yves Penafiel, prend la forme originale de théâtre-performance, fruit d’un travail collectif entre des artistes et l’historien, et est consacré à l’histoire de Chocolat. Né à Cuba en 1864, Chocolat est devenu le premier Auguste noir du cirque français pour fuir l’esclavage. Son duo avec le clown blanc met en scène la domination raciale au moment même où la République se lance dans l’aventure coloniale. C’est l’humiliation de Chocolat qui provoquait le rire du public français. "Etre chocolat" deviendra une expression proverbiale. Gérard Noiriel souligne l’enjeu du spectacle : " Pour lutter contre les préjugés et les stéréotypes, il faut aussi toucher les émotions du public. Pour cela, le chercheur a besoin des artistes. C’est ce que nous avons voulu montrer dans ce spectacle sur l’histoire du clown Chocolat. "
L’historien a fondé récemment le collectif DAJA, afin de rapprocher les universitaires et les professionnels du spectacle vivant. Il a impulsé également des projets théâtraux à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Il a ainsi travaillé avec Serge Valletti pour l’écriture de la pièce " Sale Août " (autour du massacre des Italiens à Aigues-Mortes, en août 1893), pièce qui sera créée prochainement par Georges Lavaudant à la MC93 de Bobigny.
Philippe Poirrier
Université de Bourgogne