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L’hiver de la culture

PAR Philippe Poirrier
vendredi 11 mars 2011

CLAIR Jean, L’hiver de la culture, Paris, Flammarion, 2011, 141 pages, 12 Euros. Avec cet essai, publié dans la belle collection « Café Voltaire », Jean Clair, ancien directeur du Musée Picasso et membre de l’Académie française, poursuit une œuvre, empreinte d’un fort pessimisme culturel, scandée par quelques ouvrages remarqués par la critique : notamment Paradoxe sur le conservateur (1988), De Immundo (2004) et Malaise dans les musées (2007). Ce dernier volume, publié dans la même collection, avait, avec ses 10000 exemplaires vendus, rencontré un vrai succès public. D’une plume incisive, Jean Clair dénonce, s’appuyant sur des exemples précis, la perte de sens des musées, les excès du tourisme culturel, la marchandisation et la financiarisation de l’art, sans oublier les apories esthétiques des avant-gardes. La démonstration repose essentiellement sur le domaine des arts plastiques, et ne couvre donc pas la culture telle que nous l’entendons aujourd’hui. La politique culturelle n’est pas au cœur de l’analyse même si l’auteur ne manque pas de stigmatiser « l’organisation complexe de la vie de l’esprit, disons plutôt des dépouilles de l’ancienne culture, avec sa curie, sa cléricature, ses éminences grises, ses synodes, ses conclaves, ses conciles, ses inspecteurs à la Création, ses thuriféraires et ses imprécateurs, ses papes et ses inquisiteurs, ses gardiens de la foi et des marchands du Temple… ». Jean Clair reproche surtout à l’Etat, qui a toujours eu la volonté de contrôler la politique des images, de promouvoir un « art contemporain » qui véhicule une image avilissante de la création artistique et de la figure de l’Homme. A ce titre, ce volume, qui ne manquera pas de susciter la controverse, participe du débat, réactivé au milieu des années 1990, sur la crise de l’art contemporain et s’inscrit dans une tradition pamphlétaire bien établie (1).

(1) L’ouvrage d’Yves Michaud, La crise de l’art contemporain. Utopie, démocratie et comédie (PUF, 1997 ; réédition Quadrige 2004) constitue une introduction commode à ce débat.