Jean-François Sirinelli et Georges-Henri Soutou (dir.), Culture et
Guerre froide, Paris, PUPS, 2008. 308 pages, 26 Euros.
Jean-Michel Tobelem (sir.), L’arme de la culture. Les stratégies de la
diplomatie culturelle non gouvernementale, Paris, L’Harmattan, 2007. 264
pages, 22,5 Euros.
La culture est-elle une arme dans le jeu diplomatique ? La question
reste d’actualité : bien des Etats, et la France n’échappe pas à cette
configuration, déclinent une politique culturelle extérieure au service de son rayonnement et de sa puissance. Deux ouvrages collectifs analysent de nombreux exemples de politiques, portées par des organismes étatiques ou par des institutions culturelles.
Le temps de la Guerre froide a été particulièrement propice à ces formes d’action. Les Etats-Unis découvrent le " cultural power ". Le département d’Etat, les grandes fondations philanthro piques, les musées comme le MOMA de New-York impulsent des actions culturelles qui visent à défendre et diffuser le modèle américain, et à l’opposer à la culture sous tutelle
des régimes communistes. Le cinéma et l’expressionnisme abstrait illustrent les bienfaits de l’American Way of Life, des valeurs de liberté et celles du marché. L’URSS et les partis communistes des démocraties occidentales, en France et en Italie notamment, déclinent également une active propagande qui vise à défendre le modèle soviétique et le réalisme socialiste.
L’instrumentalisation de l’art et de la culture est une pratique largement partagée. Aujourd’hui, la mondialisation confère aux initiatives privées une plus grande place. Pourtant, l’exemple de la Fondation Guggenheim conduit à nuancer l’hypothèse d’une pure et simple économisation des institutions
culturelles. Il s’agit bien d’une stratégie diplomatique, où le
politique a toute sa place.
Philippe Poirrier
Université de Bourgogne