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Ministre de la culture : être ou ne pas être

PAR Philippe Poirrier
mercredi 14 mars 2012

Frédéric Mitterrand, Le désir et la chance, Robert Laffont, 2012, 358 pages. 21 Euros.

Jean-Gabriel Carasso, Quand je serai ministre de la culture…, Editions de l’Attribut, 2012, 172 pages. 14,50 euros.

Frédéric Mitterrand propose, dans un style enlevé, un regard analytique sur son action au ministère de la Culture. Certes le propos tourne souvent au plaidoyer pro domo, mais la sensibilité, la sincérité et la probité de l’auteur confèrent à l’ouvrage un réel intérêt. Frédéric Mitterrand n’est cependant pas dupe de son instrumentalisation par le locataire de l’Elysée. Il souligne plutôt combien son action s’inscrit dans la continuité d’une politique culturelle qui rencontre, du moins sur sa légitimité, un très large consensus. L’ouvrage permet de suivre le ministre dans son quotidien, de saisir l’ampleur de la tâche, et la complexité des enjeux auxquels est confronté, à l’heure de la révolution numérique et de la réforme générale des politiques publiques, le modèle français de la politique culturelle.

C’est en tant que ministre de la culture que se place Jean-Gabriel Carasso, comédien et metteur en scène, ancien directeur de l’Association nationale théâtre et éducation (Anrat). L’ouvrage se présente comme une anthologie des lettres, notes et discours prononcés par ledit virtuel ministre en charge de la Culture, de la Jeunesse et de l’Education durable. L’exercice rhétorique ne manque pas de piquant, et permet à Jean-Gabriel Carasso de décliner un véritable programme au service d’une politique culturelle, qui rompt avec l’actuel occupant de la rue de Valois. Ainsi, le discours de passation des pouvoirs est l’occasion de critiquer la thématique de la « culture pour chacun », et de plaider pour un accès à la culture qui articule individuation et socialisation. Ce petit volume, rédigé par un militant de l’action culturelle, sans langue de bois et non sans humour, a l’immense mérite de susciter la réflexion.

Philippe Poirrier