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Quel musée d’histoire pour la France ?

PAR Philippe Poirrier
samedi 9 avril 2011

BABELON Jean-Pierre, BACKOUCHE Isabelle, DUCLERT Vincent et JAMES-SARAZIN Ariane (dir.), Quel musée d’histoire pour la France ? Armand Colin, 2011. 192 pages. 18 Euros.

Le projet présidentiel d’une " Maison de l’histoire de France " n’a pas suscité un fort enthousiasme de la communauté des historiens français ; ceux-ci étant sans doute devenus prudents dans une conjoncture politique fortement marquée par l’instrumentalisation de l’Histoire par le candidat puis le président Nicolas Sarkozy (1). La présentation par le ministre de la Culture, en janvier 2011, d’un comité d’orientation scientifique, présidé par Jean-Pierre Rioux, comprenant quelques historiens reconnus, a été accueillie dans un large silence, que certains ont pu interpréter comme une forme de réprobation d’un choix professionnel en faveur d’une entreprise partisane. Dès octobre 2010, un groupe de chercheurs, composé d’historiens et de conservateurs du patrimoine, se proposaient de mener une réflexion critique de ce projet. L’ouvrage Quel musée d’histoire pour la France ? vise à diffuser les principales réflexions de ce groupe. La première partie se présente comme une analyse socio-historique du projet, en démonte les logiques cachées, et en souligne les limites. La seconde partie revient sur l’histoire du Musée d’histoire de France qui a fonctionné, jusqu’en 2005, au sein des Archives nationales. Ce volume permet au lecteur de mieux comprendre les enjeux du débat, les positions des principaux acteurs et institutions parties prenantes du projet. La démarche est militante, assumée comme telle, et contribue à un débat important : l’institution muséale est-elle appropriée pour mettre en scène une histoire nationale ? ; " roman national " dont l’opportunité même fait débat. Une rencontre, organisée le 30 mars dernier par le même collectif " musée, histoire & recherche ", a souligné la nécessité de maintenir un débat sur le projet d’un musée d’histoire. Ce collectif demande un moratoire sur le projet, jusqu’aux lendemains des élections présidentielles de 2012. Cette solution est présentée comme le seul moyen de contribuer à un débat intellectuel serein dont les médias pourraient se faire écho, et de mettre fin, comme le souligne l’historien Christophe Charle, à " un malaise majeur qui clive non seulement le monde universitaire, celui des musées, celui des responsables politiques, mais sans doute aussi et surtout les historiens eux-mêmes ainsi que les responsables des institutions patrimoniales ". Une deuxième rencontre aura lieu le vendredi 27 mai, de 16h à 19h, toujours dans l’amphithéâtre de l’EHESS, 105, bd Raspail, 75006 Paris.

(1) Sur ce point : Laurence de Cock (et al), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008 et Nicolas Offenstadt, L’Histoire bling-bling. Le retour du roman national, Stock, 2009. Voir aussi le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire

Philippe Poirrier