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Télévision et culture

PAR Philippe Poirrier
mercredi 23 novembre 2011

JOST François (Dir.), Quelle culture pour la télévision ?, Télévision, 2011, n°2, 198 pages, 25 Euros.

En 2002, le rapport de la philosophe Catherine Clément sur la culture à la télévision, commandité par le ministère de la Culture, affichait un titre significatif : la Nuit et l’Eté (1). Ce titre désigne les créneaux horaires réservés aux émissions culturelles : en exil des programmes, lorsque les Français dorment ou lorsqu’ils sont en vacances. La hardiesse de la première proposition de l’auteur : inscrire l’audiovisuel public dans le préambule de la Constitution avait à l’époque frappé les esprits. Près de dix ans plus tard, la jeune revue Télévision, éditée par les éditions du CNRS, ouvre de nouveau ce débat, alors que les chaines de service public ont désormais l’obligation de diffuser quotidiennement sur les antennes un « programme culturel ». Cette thématique, aussi récurrente que celle de la place de l’éducation artistique, pose en effet la question centrale des modalités de la démocratisation de la culture ; mission toujours affichée au cœur des objectifs de nos politiques publiques de la culture, à l’échelle de l’Etat comme des collectivités locales.

Et pourtant, François Jost souligne d’emblée combien ce débat a toujours occulté ce qu’il fallait entendre par « culture » lorsque l’on parle de télévision. Le discours des principaux responsables a varié dans le temps, et s’est ajusté à la multiplication des chaines publiques, puis privées. La volonté de faciliter l’accès à la culture légitime, contemporaine des années Malraux, a laissé la place à l’idée d’éduquer le plus grand nombre, puis, à des logiques de promotion culturelle. Après 1981, le relativisme et la diversité culturelle ont achevé de brouiller les repères les plus partagés.

Les différentes contributions de cette belle livraison, rédigée par des universitaires et des professionnels, permettent d’aborder la question, sans toujours offrir des réponses satisfaisantes : peut-on parler de télévision culturelle ? ; télévision et culture selon Jean d’Arcy ; l’histoire des origines d’Arte ; les programmes culturels des chaines de la TNT ou encore une culture de qualité à la télévision est-elle possible ? Un long entretien avec Jean-Christophe Averty complète ce dossier.

François Jost, humaniste et optimiste, plaide pour un déplacement du questionnaire : considérer moins les contenus que les usages des émissions par les téléspectateurs. Certes, mais les conclusions de Catherine Clément restent plutôt pertinentes. L’offre croissante de la TNT ne nous semble guère avoir renforcé, sauf exception, la qualité des programmes. Les logiques commerciales qui priment dans le fonctionnement des chaines, qu’elles soient publiques ou privées, conduisent à privilégier la facilité sensée satisfaire le plus grand nombre, et combler de bonheur les annonceurs. La dénonciation de l’élitisme au profit d’un populisme masque la servilité des responsables devant les impératifs économiques et financiers. A l’arrivée, c’est bien la culture mainstream qui est le plus souvent privilégiée. Arte et la Cinquième font figure d’exception, et surtout d’alibi. On ne peut que regretter que les autres chaines publiques s’épuisent à singer les grilles des chaines privées.

(1) Ce rapport est disponible en ligne : http://www.culture.gouv.fr/culture/...

Philippe Poirrier