VADELORGE Loïc (dir.), Jean-Eudes Roullier. Un pionnier des politiques de l’espace urbain, Paris, La Documentation française, 2011, 228 pages, 14 Euros.
L’histoire des politiques publiques de la culture est aussi celle de ceux qui incarnent et mettent en œuvre l’action publique. Ce volume collectif, dirigé par l’historien Loïc Vadelorge, spécialiste de l’histoire des villes, rend hommage, entre mémoire et histoire, à Jean-Eudes Roullier (1931-2010). Cet énarque, devenu inspecteur des finances, proche de Paul Delouvrier, réalisa l’essentiel de sa carrière au sein du ministère de l’Equipement. Au sein du District de la région parisienne, puis au sein du Secrétariat général du Groupe central des villes nouvelles, Jean-Eudes Roullier s’attacha à intégrer les dimensions culturels au développement urbain, que ce soit à travers la création de structures d’animation culturelle et d’équipements polyvalents, l’attention accordée à la préservation du patrimoine, ou encore la mise en place d’œuvres d’artistes contemporains dans ces nouveaux espaces urbains (1).
A ce titre, l’ouvrage, qui donne la parole à des témoins et à des chercheurs, souligne le rôle majeur d’un haut-fonctionnaire qui sut transcender les frontières administratives traditionnelles et pratiquer le décloisonnement des compétences et des institutions. A la suite de l’expérience controversée des Grands ensembles, intégrer l’art et la culture aux villes nouvelles a été pour Jean-Eudes Roullier, qui était convaincu du rôle des artistes et des œuvres d’art pour transformer la vie collective, une politique constante, menée en concertation avec les équipes d’urbanistes, les artistes et les élus locaux.
Au cours des années 1970, de nombreux artistes (Marta Pan, Erwin Patkaï, Nissim Merkado, Klaus Schultze, Dani Karavan) ont pu, grâce à cette commande publique, « échapper aux contraintes du marché de l’art et aux nécessaires hiérarchisations des musées tout en s’inscrivant profondément dans les pratiques urbaines » (Germain Viatte). Enfin, Jean-Eudes Roullier milita ardemment à la préservation des archives des villes nouvelles, ce qui permet aujourd’hui aux chercheurs de travailler, et au Musée de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines de mener un processus de patrimonialisation au service des habitants et des visiteurs. Le lecteur pourra aussi lire des textes, ici (re)publiés, de Jean-Eudes Roullier : introduction commode à un volume qui constitue, au-delà de l’hommage, un jalon à l’écriture de l’histoire des politiques publiques du second vingtième siècle, et permet de mieux saisir le rôle de l’administration de l’Equipement sous la Ve République.
(1) Sur ce point, voir aussi le riche catalogue : GUIYOT-CORTEVILLE Julie, PERLES Valérie et VADELORGE Loïc (dir.), L’art dans les villes nouvelles. De l’expérimentation à la patrimonialisation, Versailles, Artlys, 2010.
Philippe POIRRIER