Policultures

TERRITOIRES LIVRE ET INDUSTRIES ARTS VISUELS SPECTACLE UN MOIS EN BREF NOTES DE LECTURE INTERNATIONAL POLITIQUES PUBLIQUES ABONNEMENTS

Villes créatives : une nouvelle utopie ?

PAR Philippe Poirrier
mercredi 15 décembre 2010

Elsa Vivant, Qu’est-ce que la ville créative ?, PUF, 2009, 92 pages, 8 Euros. Villes créatives ?, Revue urbanisme, juillet-août 2010, n° 373. 18 Euros. Magali Grandet (et al), Nantes. La Belle éveillée. Le pari de la culture, Toulouse, Editions de l’attribut, 2010, 144 pages, 22 Euros.

Les politiques culturelles des collectivités territoriales sont de plus en plus mobilisées dans une logique hétéronome aux domaines artistiques et culturels. La thématique de la « ville créative » est présentée et discutée par plusieurs publications récentes, particulièrement bienvenues (1). Cette notion, à la charnière de la recherche et des politiques publiques, née dans les années 1990 au sein du monde anglo-saxon, informe de plus en plus le discours et les pratiques des collectivités territoriales. La synergie recherchée entre créatifs, artistes et chercheurs, territorialement ancrés dans des « quartiers culturels », est présentée comme la clef du développement économique urbain. La « ville créative », médiatisée par le marketing urbain, s’affiche comme une nouvelle utopie mobilisatrice ; nécessaire pour des collectivités qui concourent aux meilleures places dans une compétition internationale.

On comprend dès lors que certains labels (Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco ou Capitale européenne de la culture) fassent l’objet d’une intense compétition. Plusieurs collectivités inscrivent désormais leur gouvernance culturelle au sein de ce référentiel : « Bordeaux créative », Saint-Etienne à partir de la Cité du design, Lyon et les arts numériques, « Digitation » à Lille… Le projet nantais « Quartier de la création » est assez représentatif d’une stratégie de développement du territoire autour de deux axes : la valorisation de l’économie de la connaissance et le partage des savoirs en matière artistique, scientifique et technique. Sur 90 000 m2 vont être regroupés un pôle d’enseignement supérieur (Ecole des Beaux-Arts, Ecole d’architecture, Sciences Com, Ecole de Design, Pôle des arts graphiques…), des laboratoires de recherches et de jeunes entreprises. L’effet Bilbao fascine bien des élus, mais masque souvent les fractures qui caractérisent les sociétés urbaines. La « classe créative » ne concerne qu’une minorité de la population urbaine, alors même que la majorité des acteurs culturels connaissent une précarité croissante et que les classes moyennes salariées, moteur de la consommation culturelle des trente dernières années, sont économiquement fragilisées. La réussite de cette instrumentali sation, souligne Elsa Vivant, n’est possible que si elle s’inscrit dans une histoire locale et une politique culturelle.

(1) Policultures avait signalé lors de sa publication : J.-P Saez et L. Pignot, « La ville créative : concept marketing ou utopie mobilisatrice ? », L’Observatoire. La revue des politiques culturelles, hiver 2009-2010, n° 36.

Philippe Poirrier Université de Bourgogne